Editorial

Par Faouzi Skali

Si vous deviez partir sur une île déserte quels sont les objets (ou les livres) les plus essentiels que vous emporteriez avec vous ?  » . Nous avons tous déjà entendu cette question théorique récurrente.

Nous pourrions en ces temps d’une épreuve si déroutante qu’elle bouscule nos certitudes antérieures, nous poser cette fois cette question de la façon suivante : « Quelles sont les valeurs humaines et spirituelles qui nous paraissent, au regard de cette crise, essentielles ; celles que nous aimerions transmettre aux générations futures ? ».

Une crise permet justement, souvent bien malgré soi, de faire une pause et de s’interroger à nouveau sur le cap que nous souhaitons prendre. Le sens que nous souhaitons donner à nos vies.

Une autre voie vient nourrir cette quête et nous amène à réfléchir sur les leçons reçues des générations passées, dont certaines semblent se situer au-delà du temps et viennent de générations en générations éclairer nos esprits et nourrir nos âmes.

Ces leçons qui peuvent prendre des formes multiples ont toutes pour objet de nous faire comprendre que notre humanité est une matière première que nous recevons en partage mais qu’il nous appartient ensuite de développer, de faire grandir,  par une connaissance de plus en plus affinée de nous-mêmes, par une conscience de plus en plus élargie de soi.

Ce qui peut nous conduire à réaliser que la vie est une opportunité trop précieuse pour être gâchée dans une sorte de frénésie consumériste et d’oubli de soi , aidés en cela par une technologie vertigineuse du divertissement, de plus en plus diffuse et sophistiquée. Bernanos avait déjà attiré l’attention sur le fait que le monde moderne pouvait être une sorte de formidable conspiration contre toute forme de vie intérieure.

La culture qu’il nous faut redécouvrir et transmettre est celle qui ne nie rien de notre humanité mais qui redonne aussi à la spiritualité toute sa place.

Aucun bonheur ou joie, aucune liberté intérieure ne peuvent se baser sur une vision hémiplégique et matérialiste du monde.

Les notions d’action, d’entreprise, d’art, de pensée ou de poésie devraient par leurs formes et expressions multiples éveiller en nous cette conscience spirituelle qui ne doit plus être seulement individuelle mais aussi collective. Tout changement réel du monde en dépend.

Cette treizième édition nous invite à être à l’écoute de ces perles de sagesses et d’expérience humaine de ceux qui nous ont précédés, avant de les mettre à l’épreuve de nos propres expériences.

Elle cherche à mobiliser pour cela les moyens technologiques de la transmission contemporains non pas pour les ériger en instruments d’asservissement mais pour les mettre au service de la transmission d’une culture de l’esprit.

Elle crée pour cela un nouvel espace qui sera ouvert par le Festival et qui se prolongera au-delà de celui-ci pour s’établir d’une façon permanente. Une plateforme digitale intitulée  » Sufi Héritage « .

Elle invite, comme chaque année , les spiritualités du monde à nous rejoindre dans cette entreprise commune pour réfléchir ensemble sur les moyens de résister à la globalisation d’une culture sans âme qui n’épargne pas l’expression du religieux lui -même et peut nous conduire à une déshumanisation de plus en plus radicale.

C’est peut-être la principale leçon, pour reprendre la question évoquée plus haut, qu’il nous faut tirer de cette crise : retrouver le sens et la saveur, à travers les magnifiques enseignements qui nous attendent, de ces nourritures humaines et spirituelles.

Et nous interroger sur l’art et la façon de les transmettre comme des semences d’avenir.